le 29 novembre 2006 par Pascal
Il y a peu, à coup de communiqués de presse repris par les grands médias, Microsoft annonçait sa volonté de participer à l’effervescence des logiciels libres (tels que linux) en signant un accord particulier avec Novell.
On était parti pour les titres des grands jours "Une première passerelle entre logiciels sous licence et logiciels libres" dans les Echos (alors que la passerelle existe depuis qu’un ordinateur sous windows peut consulter un serveur web sous linux, ça fait déjà des années) , "LES ENNEMIS d’hier peuvent devenir amis" écrit le Figaro...
Et pourtant... pourtant qu’est-ce qui pourrait bien pousser une multinationale qui détient près de 90% d’un marché mondial à changer son fusil d’épaule ? 100% du marché ? Avec les logiciels libres, ce n’est plus possible, il faut jouer la carte de la diversité. Alors quoi ? Une anticipation d’un changement de stratégie chez les clients ? Effectivement, il y a matière, pour les clients en tout cas, à pouvoir s’équiper de solutions parallèles pour comparaison, des prix et des performances. Voire de migrer.
Mais les logiciels libres transportent avec eux un autre modèle économique. On n’acquiert plus de licence, on achète du support, de la prestation.
Pourtant la vente de licence, quel juteux marché. Des milliards de dollars chaque année pour le droit d’utiliser un système d’exploitation comme windows xp par exemple, bientôt renommé vista et pour lequel il faudra certainement acquitter certains coûts de mise à jour de logiciels...
Donc ce n’est pas Microsoft qui va lâcher la vache aux oeufs d’or. Mais peut-être que cet accord masque en fait autre chose, puisque les deux acteurs parlent également de contrats croisés de leurs banques de brevets... Ah tiens, c’est peut-être une piste ça. Microsoft s’engagerait à ne pas embêter les développeurs de programmes libres qui servent à Novell. Microsoft peut ainsi espérer intimider certains développeurs, mais aussi certains clients fournis en linux par des concurrents de Novell, pour des questions de brevets logiciels.
En Europe, point de brevet logiciel, malgré de nombreuses sournoiseries de la commission européenne, de l’office européen des brevets, de lobbying démesuré... Par contre aux USA, au Japon, ... oui.
Mais s’il reste une zone "libre", sans brevet, c’est la porte ouverte au développements de solutions alternatives aux monopoles, enfin disons au monopole. Donc freinons les éditeurs de logiciels libres en agitant au nez de leurs clients le spectre des brevets tout en affichant une volonté de partenariat forte avec les logiciels libres... deux choses antinomiques.
Parallèlement, l’OASIS (un organisme comptant notamment parmi ses membres IBM, Sun, EDS) vient de faire valider et reconnaître (normes ISO, IEC) le format OpenDocument, un format de fichier permettant à toutes les applications qui le souhaitent d’échanger des données. On peut par exemple se réjouir de pouvoir bientôt passer d’un traitement de texte à un autre en utilisant les mêmes données... Mais pas Microsoft évidement. Celui-ci qui a lancé une contre offensive sur le sujet en essayant de faire valider un autre format d’échange de données...
La même entité qui subit les assauts répétés de Bruxelles pour abus de position dominante, refus de communiquer à ses concurrents les formats de données pour favoriser l’interopérabilité... et qui pourrait se servir de tous les effets d’annonces pour ralentir la pénétration d’Open Office sur le marché, une suite bureautique libre respectant les formats open document.
Et pas plus tard qu’il y a quelques minutes, j’apprends que le projet Hula, un projet soutenu par Novell consistant à développer un serveur de messagerie performant, concurrent de Microsoft Exchange, va être soigneusement atténué, Novell venant en effet d’annoncer que les ingénieurs attachés à plein temps au projet sont désormais attachés à d’autres projets.
De beaux effets d’annonce partenariales donc, et l’on aimerait que la culture journalistique dominante soit un peu plus affûtée.
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